L'allaitement, une protection contre les allergies ?
Cassandre LEBLANC, Camille NOGIER, Marion SARDA, Biotech 2, promotion 2013
À mesure que la société évolue, la position sociale de la femme change. En 60 ans, ces dernières sont de plus en plus rentrées dans la vie active. L’une des conséquences de ce phénomène est que les femmes ayant des enfants en bas âge, ont tendance à délaisser l’allaitement (qui prend du temps au quotidien) au profit des laits maternisés, considérés comme plus pratiques.
Cependant, la consommation de lait peut entraîner l’apparition d’effets secondaires liés soit à une intolérance au lait soit à une allergie.
Il est important de ne pas confondre intolérance et allergie au lait provoquant entres autres, vomissements, diarrhées et réactions cutanées Le terme d’intolérance au lait correspond à l’absence de lactase, enzyme permettant la digestion du lactose du lait tandis que l’allergie alimentaire fait intervenir le système immunitaire en réaction à la présence d’un allergène alimentaire. Le plus souvent, il s’agit d’une protéine comme la caséine ou l’alpha-lactalbumine.
Les allergies alimentaires touchent aujourd'hui en France environ 3 % de la population selon une enquête réalisée par l'AFSSA. Si les allergies alimentaires peuvent apparaitre à tout âge, elles restent plus fréquentes chez l'enfant (8 % dans la population pédiatrique) et tout particulièrement pour le lait de vache.
Le lait, d’une manière générale, reste néanmoins extrêmement bénéfique pour l’organisme. Il contient en effet du calcium qui remplit un rôle essentiel, entre autres, dans la constitution du squelette et des dents, ainsi que dans la coagulation sanguine, l'activité musculaire et les fonctions hormonales. Les apports calciques en provenance de l'alimentation sont indispensables car l'organisme élimine chaque jour une grande partie de celui qu'il contient par les selles et les urines. Le lait et les produits laitiers sont les aliments les plus riches en calcium (environ 1,2 %), un calcium particulièrement bien assimilé.
Il est également connu pour ses effets préventifs de l’ostéoporose grâce au maintien du capital osseux.
L'effet préventif de l'allaitement maternel contre les allergies alimentaires a été démontré.
En plus de ces bienfaits là, le lait maternel apparait comme l'aliment idéal pour le nourrisson car il est parfaitement adapté à sa physiologie.
À moyen terme, l'effet préventif de l'allaitement maternel contre les allergies alimentaires a été démontré.
Le mécanisme de l’allergie se fait en deux étapes : la sensibilisation et la réaction allergique proprement dite.
Lors du premier contact entre l’allergène et le système immunitaire, ce dernier produit des immunoglobulines spécifiques (IgE) ayant un rôle dans la reconnaissance des allergènes. Elles sont ensuite dispersées par le sang dans l’ensemble de l’organisme et se fixent sur des « cellules cibles » des muqueuses ainsi que sur des circulantes : il s’agit des granulocytes basophiles.
Cette première phase, muette cliniquement, permettra à l’organisme, lors du contact suivant, de se défendre immédiatement.
Au second contact avec l’allergène, les IgE spécifiques membranaires activent les basophiles provoquant la libération de neuromédiateurs. Ces substances sécrétées par les cellules nerveuses permettent la transmission d’un influx nerveux à une autre cellule, dont le principal est l’histamine ainsi que de cytokines pro-inflammatoires. Ces médiateurs attirent également les granulocytes éosinophiles dans le tissu lésé entrainant les réponses allergiques ainsi qu’une vasodilatation et une augmentation de la perméabilité capillaire.
C’est lors de ce deuxième contact qu’apparaissent les signes cliniques de l’allergie qui peut être plus ou moins grave selon l’individu.
L’allaitement prévient les allergies au lait grâce à la transmission d’anticorps par le lait maternel. Ces anticorps transmis à l'enfant ignorent les protéines utiles et ciblent les protéines allergènes.
De plus, le lait maternel permet, grâce à la transmission de facteurs de croissance, la maturation de la muqueuse intestinale. Lorsque l’enfant grandit, sa muqueuse devient imperméable aux molécules bénéfiques et perméables aux autres. Cette maturation empêchera plus tard des protéines allergènes de traverser cette barrière, prévenant ainsi le déclenchement d’une réaction allergique.
Le lait maternel pourvoit à tous les besoins du nouveau-né en nutriments, calories et vitamines pour son développement
Outre la protection apportée par l’allaitement, cela représente un lien favorisé par le contact entre la mère et l’enfant.
Par ailleurs, le lait maternel pourvoit à tous les besoins du nouveau-né en nutriments, calories et vitamines pour son développement. Il est également adapté à sa croissance et sa prise n’entraine pas la production de déchets métaboliques.
Néanmoins, l’allaitement peut être vecteur d’allergies alimentaires. Le possible passage dans son lait d’antigènes alimentaires ingérés par la mère pendant l’allaitement de l’enfant peut, en effet, déclencher une sensibilisation. Cette sensibilisation sera seulement transitoire si l’enfant ne présente pas d’antécédent atopique mais une prédisposition génétique du nourrisson à l’allergie pourrait susciter des réactions allergiques plus ou moins graves.
Par ailleurs, et ce malgré les congés maternités mis en place par le gouvernement seulement 56 % des françaises allaitent dès la maternité. Etant physiquement éloignées de leur enfant, il leur est difficile de les nourrir au sein durant leurs heures de travail. Il leur est donc plus facile de confier un biberon de lait maternisé à la personne chargée de garder l’enfant.
Finalement, le lait maternel, malgré la possible transmission d’antigènes à l’enfant est un moyen de réduire le risque de développer des allergies alimentaires. L’éloignement occasionné par le travail de la mère constitue un obstacle à la prise de lait maternel, qui peut être résolu avec l’emploi des laits maternisés fabriqués à partir de lait de vache ou encore de lait d’ânesse.
Des études ont en effet montré que la composition chimique du lait d’ânesse était très similaire à celle du lait maternel et ce, bien plus que le lait de vache. Il est riche en vitamines, pauvre en caséine et en matières grasses. La communauté scientifique reconnaît ses bienfaits et le fait qu’il soit un incomparable substitut au lait maternel humain.
Sources
- Marie Joëlle GROS, " Le lait n'est pas si vache ", Libération, 2006
- Carine DUBUISSON, Sébastien LA VIEILLE, Ambroise MARTIN, "Allergies alimentaires : état des lieux et proposition d'orientation", rapport de l'AFSSA, janvier 2002, p.27-p.32-p.36-p.37
- Pr J.P. OLIVES, "Transmission des allergènes alimentaires de la mère a l'enfant", article paru sur le site Journées de Techniques Avancées en Gynécologie et Obstétrique PMA Périnatologie et Pédiatrie, 2000
