Les humanités au service des biotechnologies

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Pédagogie

L’essor du positivisme au XIXe siècle a vu la distinction entre sciences dures (mathématiques, physique, chimie, sciences du vivant) et sciences humaines (globalement, tout le reste). De là est née une sorte d’opposition stricte entre ces différentes disciplines. Or, les scientifiques ont tout intérêt à se pencher sur des disciplines comme la sociologie ou l’économie. Jean-Philippe De Oliveira, enseignant-chercheur et responsable des sciences humaines et sociales (SHS) à Sup’Biotech, explique pourquoi.

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En quoi les SHS ont-elles leur place dans des enseignements destinés à de futurs experts des biotechnologies ?

De bons experts doivent très tôt dans leur carrière prendre conscience des enjeux sociétaux, environnementaux mais aussi économiques et politiques de leurs travaux. Se tenir au courant des avancées légales et sociétales sur les sujets scientifiques est essentiel pour savoir où l’on va. Les chercheurs qui lancent leur entreprise dans le domaine des biotechnologies n’ont pas toujours le recul nécessaire vis-à-vis de leurs produits et leurs recherches. Ne pas avoir conscience d’enjeux extérieurs comme les usages, la cible ou l’appropriation par le public des innovations peut réduire à néant des années de recherche. C’est le rôle de l’expert en biotechnologies : prévenir en amont les entrepreneurs et de leur signaler quels sujets peuvent être porteurs ou non.

La recherche et l’innovation s’inscrivent dans un contexte social, culturel et politique très particulier. Si l’on n’a pas conscience de ces spécificités culturelles ou de l’environnement social qui nous entoure, cela peut poser problème. Il faut connaître les tensions qui peuvent exister sur tel ou tel sujet.

Comment ces experts peuvent-ils évoluer et faire avancer la recherche dans ces contextes tendus ?

Il faut connaître tous les acteurs impliqués dans le domaine. Les SHS permettent de les identifier et d’interagir avec eux. Il faut comprendre les attentes sociales qui peuvent exister dans certains domaines. La santé en fait partie. Si la recherche sur les cellules souches est autorisée en France, c’est uniquement pour une finalité thérapeutique : il y a des attentes très fortes en terme de santé. Donc politiquement et socialement, c’est mieux accepté.

Avoir conscience de ces enjeux permet de pousser l’innovation. Tout est une question de mesure : savoir se positionner entre le risque zéro (qui n’existe pas) qui pousse à l’inertie et l’innovation à tout prix en dépit des enjeux moraux.

L’expert en biotechnologies doit donc avancer le plus possible en démontrant au passage qu’il n’y a pas ou peu de risques et donc convaincre les acteurs décisionnaires d’assouplir les cadres juridiques et légaux. Il faut donc créer des liens avec tous les acteurs concernés : associations, entreprises, investisseurs, politiques… et entretenir une veille poussée. Avec cette veille, il peut apprécier et comprendre les évolutions dans les discours politiques, dans les débats et les échanges. Et donc, mieux identifier les ouvertures potentielles. Sans cette approche SHS, il passera à côté de toutes ces opportunités.

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Comment les étudiants de Sup’Biotech peuvent-ils s’approprier cette méthodologie SHS ?

Je leur fais lire les publications en SHS sur l’éthique scientifique, beaucoup plus poussées que celles de la presse généraliste. La rigueur scientifique de ces articles leur permet d’approfondir ces questions et de leur montrer que les processus décisionnels ne sont pas aussi simples que ce que peuvent laisser penser les médias grand public.

Ensuite, je les pousse à se poser les bonnes questions : il faut s’interroger sur la portée sociale, économique, politique et éthique d’un projet. Cela peut se faire dans le cadre des Sup’Biotech Innovation Projects (SBIP), par exemple. La première chose à faire est de consulter la législation. Mais il faut aussi comprendre les opportunités et les différents groupes de pression qui existent derrière tel ou tel enjeu. Une idée géniale ne signifie pas que le projet, à terme, sera viable.

Se remettre en question, appliquer des principes de précaution et prouver scientifiquement l’intérêt social et économique d’une innovation sont les clés d’une recherche efficace et réussie. Ainsi, l’expert des biotechnologies peut faire progresser les mentalités et justifier du bien fondé de ses expérimentations.

Posté le 10/09/2013

À propos

Sup’Biotech est une école d’ingénieurs spécialisée en Biotechnologies, proche du monde de la Recherche comme du monde de l’Entreprise, qui propose une formation innovante en 5 ans après le bac. Ce cursus permet aux étudiants d’accéder rapidement à des postes à responsabilités, en France comme à l’International, dans les secteurs très porteurs de la santé et la pharmacie, de l’innovation agroalimentaire, de la cosmétologie, de la bio-informatique ou encore de l’environnement. Les études, combinant fondamentaux académiques, projets étudiants et stages en entreprise, sont découpées en deux parties selon la norme européenne : le cycle préparatoire (2 ans) et le cycle ingénieur (3 ans). La formation des ingénieurs en Biotechnologies de Sup’Biotech est labellisée par Medicen Paris Région et Industries and Agro-Ressources (I.A.R.) : Sup’Biotech propose également une filière apprentissage à partir de bac+3, ainsi qu’une formation Bachelor en Biotechnologies, accessible après le bac. Sup’Biotech est un établissement d’enseignement supérieur privé habilité à délivrer le titre d’ingénieur et reconnu par l’État (arrêté du 15/12/14 et B.O du 08/01/15).

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